Débat ayant eu lieu le 18 avril 2004 à la faculté de lettres de Nice

entre Philippe Mérieu, le directeur de l'IUFM de Nice, le directeur du lycée Beausite et un étudiant en DEA d'histoire

(propos rapportés et résumés par Aline Franchi-Fournier)

 

Ce débat a été organisé par la FNAC à l'occasion de la sortie du livre de Philippe Mérieu "Faire l'école, faire la classe" sur le thème :

                                                                    

Est-il encore possible d'enseigner aujourd'hui ?

 

Philippe Mérieu

 

Si le métier est plus difficile aujourd'hui, c'est parce qu'on est plus ambitieux. C'est la première fois dans l'histoire que tous les enfants de France accèdent au plus haut niveau de scolarité. C'est tout à notre honneur. Les problèmes qui jaillissent ne sont que le revers de nos ambitions.

 

A l'origine de ces problèmes : le fait que l'Ecole en tant qu'institution soit en train de se fragiliser car ce qui domine aujourd'hui c'est la recherche des intérêts individuels au détriment de l'application des valeurs.

 

L'école n'est pas un service, c'est une institution. La qualité d'un service se mesure à la satisfaction de ses uagers; la qualité d'une institution se mesure à sa capacité d'incarner des valeurs qui font la République : réflexion collective sur le bien commun, permettre l'émergence du bien commun..

La loi ne punit pas, elle autorise ; c’est la faute qui exclue. Or nombreux sont les jeunes qui renversent le rapport : ils considèrent que s’il y a faute c’est la loi elle-même qui les exclue.

L’école ne délégitime pas la croyance ; son rôle est de distinguer le croire du savoir tout en respectant les croyances de chacun. Le rôle de l’école est de permettre à chacun de prendre conscience que certaines de ses idées relèvent de la croyance.

L’école est le lieu où il est plus important de comprendre que de réussir. L’école n’est pas une entreprise. A l’école, la formation est plus importante que la production : lorsqu’on acquiert un apprentissage, on peut l’utiliser bien des années après,  par contre, trente ans après on n’a pas gardé tous les devoirs qu’on on a dû effectuer pour permettre cet apprentissage...

Aujourd’hui, l’esprit qui prévaut dans l’éducation nous vient des lumières et de l’idée rousseauiste selon laquelle le caractère spécifiquement humain est la capacité de se perfectionner. A ce titre, tous les hommes sont éducables. 

Une fonction organique de l’école  est sa fonction politique c'est-à-dire démocratique : elle permet d’instituer le vivre ensemble et les lois qui s’apprennent. Il existe un lien co-substantiel entre la démocratie et l’école. L’impérieux devoir de l’école est de dire à l’enfant : « tu n’es pas le roi » ; « tes caprices ne font pas la loi »

Les savoirs de l’école ne doivent pas se calquer sur les savoirs de la vie. L’école a une fonction de résistance face à la crétinisation de la télévision.

Faire l’école c’est créer un lieu avec ses règles, ses exigences, lieu qui n’a pas à rougir de la résistance à ce qui nous entoure. Contre la crétinisation des médias, il n’a jamais été aussi urgent d’enseigner puisque le savoir unit et libère les hommes.

Pourquoi le jeune s’assujettit-il à l’autorité du caïd et pas à l’autorité du professeur et des parents ? parce que le caïd lui apporte quelque chose : il l’éloigne de sa solitude.

L’école est un lieu d’exigence.

Philippe Meirieu, qui a été victime d’un faux procès, rectifie : il n’a, dit-il, jamais sous-estimé les savoirs : enseigner c’est être respectueux des programmes mais également des intérêts des élèves. (c’est là que le bât blesse !...)

Après une question de la salle qui sous entend que l’école est prisonnière du parti qui gouverne,Philippe Méirieu plaide pour un conseil constitutionnel de l’école. L’école est la condition a priori de la démocratie.

Le métier de professeur nous oblige au quotidien à faire advenir de l’humanité. C’est et ce sera le métier de l’invention en permettant aux autres de s’inventer.  

 

Directeur de l’IUFM de Nice : (propos très résumés)

Aujourd’hui se pose le problème du savoir. Autrefois, le rôle de l’Education était la transmission des savoirs. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’école doit être à l’origine de la découverte des savoirs. Co –découverte pour mettre en commun des apprentissages.

Si aujourd’hui, on ne se pose pas la question des savoirs par rapport à la vie, l’école va se fragiliser.

 

Directeur du lycée BEAUSITE : (propos très résumés)

L'attente sociale est très forte sur l’école. L’école doit permettre d’obtenir un niveau social, un niveau d’emploi.

 

Etudiant DEA d’histoire :  (propos encore très résumés)

Actuellement :

1) Dénigrement des filières professionnelles

2)  Baisse de la valeur des diplômes.  

__________________________________________________________________________________________________________________________

cochevert.gif retour                        cochevert.gif haut de page